
International
Accueil /
International
International | Lundi 30 jun 2008 | 16:15Renseignements généraux: la fin d'un service de police controversé en France |
» Options
» Taille du texte
|
Par Jean-Pierre Vergès, THE ASSOCIATED PRESS
PARIS "Police politique", "barbouzes", "machine à scandales", les nombreux sobriquets donnés aux "Renseignements généraux" français démontrent l'animosité et parfois les fantasmes suscités par un service de police controversé, fusionné à compter de mardi avec la Direction de la surveillance du territoire (DST) dans la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).Les RG disparaissent après un siècle d'existence. Apparue sous la IIIe République en 1911, la Brigade des Renseignements généraux n'est jamais passée à la postérité comme les "Brigades du Tigre", devenus les héros de la police judiciaire.
A l'époque, ces policiers de l'ombre, ancêtres des "commissaires spéciaux" de la Révolution, sont chargés de surveiller l'état de l'opinion, de recenser les rumeurs et de prévenir les mouvements contestataires d'obédience royalistes, bonapartistes, anarchistes et révolutionnaires. Confirmés par le Front populaire, les RG sont officialisés par une loi du 23 avril 1941 sous le régime de Vichy qui les utilise pour traquer les juifs, les communistes et les résistants.
Avec la guerre froide, les conflits coloniaux, les "événements algériens" et l'agitation sociale, les RG se développent et luttent notamment contre les actes terroristes. Ils sauvent in extremis leur tête après l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand, méfiant avec cette police chargée de surveiller les partis politiques. Une tâche qu'elle abandonne d'ailleurs en 1994 lorsque elle se fait pincer en train d'espionner le Conseil national du Parti socialiste de la Villette...
Ce scandale intervient quatre ans après la mort de Jacques Doucé, le pasteur des homosexuels, des transsexuels, et des pédophiles, découvert en 1990 dans la forêt de Rambouillet. La victime aurait été en lien avec des personnalités aux moeurs sexuelles déviantes... Un inspecteur des RG, chargé de sa surveillance, apparaît vite comme le suspect No1. A-t-il voulu éliminer un homme trop gênant? Le policier nie ses accusations et soutient même que sa hiérarchie lui a ordonné de recruter de jeunes prostitués pour compromettre trois personnalités.
L'affaire fera long feu. Révoqué, le policier sera condamné à vingt mois de prison avec sursis pour avoir tiré dans la porte d'un informateur proche du pasteur Doucé...
Les RG refont la une de l'actualité entre 1993 et 1997 lorsque le juge Eric Halphen reçoit plusieurs courriers d'un "corbeau" accusant les RG de lui dissimuler des informations sur le financement occulte du RPR.
Selon Yves Bertrand, l'inoxydable patron du service entre 1992 et 2004 et auteur du livre "Je ne sais rien... mais je dirai presque tout", les policiers se seraient retrouvés otages d'une bataille entre les clans Chirac et Balladur. "Il n'y a pas de place dans la République pour une police politique", assure Lionel Jospin en juin 1997 dont la menace de dissolution sera vite oubliée.
Cinq ans plus tard, Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, supprime lui les "blancs", l'arme préférée des RG. Ces notes volantes, non signées et sans en-tête, pouvaient circuler sans respecter les voies hiérarchiques jusqu'aux bureaux ministériels. Et donnaient parfois lieu à des enquêtes basées sur de simples rumeurs.
"La culture du secret fait partie du 'savoir-faire' RG", admet Christophe Dumont, l'un des responsables du Syndicat national des officiers de police (SNOP), qui a passé 15 ans dans ce service de police. "Le secret est parfois nécessaire lorsqu'on veut préserver les intérêts de la société."
Chargés d'informer l'Etat sur les hommes et les femmes jouant un rôle significatif en matière politique, économique, sociale, et religieuse, les Renseignements généraux ont aussi établi près de 2,5 millions de "fiches" de personnes morales et physiques. En janvier 2007, ils se sont ainsi vus accuser d'avoir actualisé la "fiche" de Bruno Rebelle, le patron de Greenpeace France, recruté dans le staff de Ségolène Royal, candidate à l'élection présidentielle.
Ce travail de renseignement en "milieu ouvert" sera désormais assuré par une Sous-direction de l'information générale (SDIG), au sein de la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP). La lutte contre le terrorisme, où les RG se sont notamment illustrés en permettant l'arrestation d'Yvan Colonna, et l'intelligence économique, sont désormais dévolues à la nouvelle DCRI. "Je ne ressens pas de nostalgie chez les collègues des RG", conclut Christophe Dumont. "Avec l'internationalisation des risques, une réforme du renseignement était nécessaire et il fallait un outil adapté."
| Aussi sur corusnouvelles.com | |
|
» La météo » La circulation » Des nouvelles à la carte » Les grandes entrevues » Fils RSS et baladodiffusion |
» Archives » Voyages » Ajouter ce site à vos favoris » Mettre ce site au démarrage |