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![]() Photo: ASSOCIATED PRESS/Michel EulerInternational | Mercredi 25 jun 2008 | 15:11Le président Nicolas Sarkozy coupe la publicité à la télé publique |
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Par Laurent Pirot, THE ASSOCIATED PRESS
PARIS - Nicolas Sarkozy coupe la pub et fait payer les opérateurs télécoms. Près de six mois après avoir annoncé par surprise la fin de la publicité à la télévision publique, le chef de l'Etat a tranché: les opérateurs de téléphonie fixe et mobile, les fournisseurs d'accès à Internet et les chaînes privées devront payer pour compenser la perte des ressources publicitaires, les écrans de pub disparaissant progressivement des écrans de la télévision publique à partir du 1er janvier. "Je veux une télévision de service public française qui fasse référence dans le monde", a affiché le président de la République, qui s'est fait le chantre de la télévision de qualité, au moment où il recevait le rapport de la mission Copé "pour la nouvelle télévision publique".
Or, pour "offrir au plus grand nombre de téléspectateurs des programmes de qualité", il était nécessaire de supprimer la publicité, qui "amène à la tyrannie de l'audience", a de nouveau argumenté le président.
"En supprimant la publicité, nous voulons donner à la télévision publique les moyens d'une plus grande liberté." La "libération des écrans" aura lieu progressivement, d'abord entre 20 h et 6 h à partir du 1er janvier 2009 - alors que Jean-François Copé proposait d'attendre septembre et la nouvelle grille des programmes -, puis totalement au 1er décembre 2012.
Le parrainage d'émissions restera autorisé, tout comme la publicité sur RFO - qui n'a pas de concurrente privée -, sur les programmes régionaux de France-3, sur Internet ainsi que "la publicité d'intérêt général".
Pour compenser les pertes, estimées à 450 millions d'euros en 2009 et à 650 millions en 2012, le président n'a retenu qu'une partie des propositions de la commission, à savoir la création de deux nouvelles taxes. D'une part, les opérateurs de téléphonie fixe et mobile et les fournisseurs d'accès à internet (FAI) "seront mis à contribution pour une part de leur chiffre d'affaires de l'ordre de 0,9 pour cent", soit plus de 370 millions d'euros. D'autre part, 80 millions devraient être prélevés sur les recettes publicitaires des chaînes privées.
Pas évoquée par le président, la redevance n'augmentera pas, "si ce n'est qu'elle sera indexée sur l'inflation", a confirmé Jean-François Copé après le discours présidentiel. En revanche, l'Etat actionnaire versera à France Télévisions, dont les sociétés seront regroupées dans une entreprise unique, une dotation de capital "jamais vue depuis longtemps" de 150 millions d'euros.
Mais pour les syndicats de France Télévisions, très mobilisés contre la "déstabilisation du service public", "on est très loin du compte", comme l'a pointé Marc Chauvelot, un des porte-parole de l'intersyndicale du groupe. "Je suis assez stupéfait. On n'a absolument aucun modèle économique sérieux à proposer pour compenser la disparition des recettes publicitaires", a-t-il dit.
Le syndicaliste doute en particulier du réalisme des deux taxes imaginées par la commission Copé. "La taxe sur les télécoms et les fournisseurs d'accès, il faut s'attendre à ce que l'Europe dise non. Quant à la seconde, on peut faire confiance à TF1 et aux autres pour refuser de financer le public".
Il est vrai que ces propositions sont surveillées avec méfiance à Bruxelles, où la Commission "n'est pas favorable à un nouvel impôt sur les secteurs qui sont moteurs de la croissance", a fait savoir Martin Selmayr, porte-parole de la commissaire Viviane Reding, en charge de la société de l'information et des médias. La commissaire pointe aussi les efforts de Bruxelles pour faire baisser les prix du téléphone, craignant qu'une taxe française ne vienne ralentir le processus.
Petite surprise, M. Sarkozy a aussi préconisé de réformer la désignation du président de France Télévisions en la confiant à l'Etat actionnaire. Ce système sera "simple et démocratique", a promis le président: l'Etat désignera le président, le Conseil supérieur de l'audiovisuel devra donner un avis conforme et la nomination ne sera confirmée que par les députés, à la majorité qualifiée des membres des commissions concernées.
Il s'agit d'un "coup grave à l'indépendance des médias", ont réagi dans un communiqué les députés socialistes Patrick Bloche, Michel Françaix et Didier Mathus, qui ont quitté la commission en cours de route.
L'ensemble de ces mesures seront intégrées à un projet de loi qui sera soumis au Parlement à l'automne, a confirmé le chef de l'Etat. Le président du groupe UMP, Jean-François Copé, en sera le rapporteur.
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