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La police et les Londoniens choqués par le meurtre de Gabriel Férez et Laurent Bonomo

International | Mercredi 09 jui 2008 | 09:45

La police et les Londoniens choqués par le meurtre de Gabriel Férez et Laurent Bonomo

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Par Jill Lawless, ASSOCIATED PRESS

LONDRES - Pas de mobile apparent, une sauvagerie hors-normes et une vive émotion populaire des deux côtés de la Manche: dix jours après le meurtre brutal de Gabriel Férez et Laurent Bonomo, deux étudiants français vivant à Londres, la police britannique tente toujours de comprendre les circonstances de cette tuerie que la presse locale a déjà baptisé les "Tarantino murders" (meurtres à la Tarantino) en raison de leur violence.

Scotland Yard détient toujours un suspect, dont la garde à vue a été prolongée de 36 heures mardi soir. L'homme, âgé de 33 ans, s'était rendu de lui-même à la police londonienne lundi. Après avoir été brièvement hospitalisé pour des brûlures, il a été ramené au poste de police où il est depuis entendu.

Il s'agit du deuxième suspect interrogé. Dimanche après-midi, la police avait remis en liberté un homme de 21 ans interpellé la veille. Elle avait également diffusé le portrait-robot d'un suspect, visiblement plus jeune que l'homme toujours en garde à vue.

Selon des sources proches du dossier, les enquêteurs continuent de penser que plusieurs personnes pourraient être impliquées dans le meurtre des deux étudiants de l'école Polytec de Clermont-Ferrand qui étaient en stage à l'Imperial College de Londres.

La police a en effet plusieurs théories pour expliquer la sauvagerie de leur mort. Les deux étudiants ont été ligotés, bâillonnés et poignardés à de nombreuses reprises, l'un ayant été frappé de près de 200 coups de couteau, l'autre d'une cinquantaine. Les corps, qui ont ensuite été brûlés après avoir été aspergés d'un produit inflammable, ont été retrouvés dans l'appartement que louait Laurent Bonomo dans le quartier de New Cross (sud de Londres).

Les policiers pensent que les deux étudiants, âgés de 23 ans, pourraient ainsi avoir été pris pour quelqu'un d'autre par leur(s) agresseur(s), avoir été torturés pour obtenir leurs numéros de carte de crédit, ou encore avoir été victimes d'un vol qui aurait mal tourné. Ils tentent ainsi de retrouver la trace de deux consoles de jeux qui auraient disparu de l'appartement le jour du drame. Ils essaient également de savoir s'il existe un lien entre les meurtres et le vol d'un ordinateur chez Laurent Bonomo une semaine avant les faits.

Mais, pour David Nias, psychologue qui a étudié de nombreux criminels, le degré de violence est "bien trop élevé pour un vol" et pourrait être l'oeuvre d'un tueur sadique ayant déjà sévi. "Quelqu'un qui tue pour la première fois aurait eu plus de retenue ou d'inhibition", explique-t-il. "Ce genre de meurtres est très, très rare. C'est ce qui rend les choses difficiles pour la police".

Annonçant le crime lors d'une conférence de presse, l'inspecteur en chef Mick Duthie, en charge de l'enquête pour Scotland Yard, avait souligné le caractère "frénétique et horrible" de l'agression. "Je n'ai jamais vu de telles blessures de toute ma carrière", avait-il confié.

Alors, horrible meurtre crapuleux, oeuvre d'un sadique en liberté ou nouvel exemple de la violence qui touche depuis plusieurs mois Londres? Car pas moins de 19 adolescents ont été tués à l'arme blanche dans la capitale britannique depuis le début d'année, la plupart par des gens de leur âge. Mais les meurtres de Gabriel Férez et Laurent Bonomo ne collent pas, en partie parce qu'il s'agit d'étrangers, et en raison de la sauvagerie de l'acte.

La violence du quartier? Là aussi, peu probable. Si New Cross, situé au sud de la Tamise, n'est pas le quartier le plus huppé de Londres, il n'est pas non plus connu comme un coupe-gorge. Des Anglais de souche y cohabitent en général sans problèmes avec une population originaire des Caraïbes et plusieurs milliers d'étudiants de l'université de Goldsmith College.

"C'est un mélange bizarre", explique Laura Kenny, serveuse au Amersham Arms, un pub du quartier, au sujet de la population locale. "Je vis à New Cross et je n'ai pas peur dans la rue ou ailleurs".

Restent donc pour le moment les interrogations et l'émotion. Mardi, des bouquets de fleurs avaient été déposés devant la maison où le drame s'est produit. Un mot sur l'un d'eux disait espérer que la mort de Gabriel Férez et Laurent Bonomo ne resterait pas inexpliquée. "Peut-être que quelque chose sera fait", pouvait-on lire.

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