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Mexique: des voix s'élèvent contre un concert de Placido Domingo sur un site maya

International | Samedi 04 oct 2008 | 12:21

Mexique: des voix s'élèvent contre un concert de Placido Domingo sur un site maya

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Par Mark Stevenson, THE ASSOCIATED PRESS

MERIDA, Mexique - Le concert que doit donner ce samedi soir l'Espagnol Placido Domingo sur le site maya emblématique de Chichen-Itza, dans la péninsule mexicaine du Yucatan, est présenté comme un rendez-vous d'exception avec le "plus grand ténor au monde" dans l'enceinte d'une des "sept nouvelles merveilles du monde". Une double description que peu d'amateurs d'art lyrique et d'histoire contesteraient. Mais d'autres redoutent d'éventuels dommages sur le site.

Certains Mexicains s'inquiètent en effet de la tenue même du concert dans ce lieu abritant la monumentale pyramide de Kukulcan. Et un chercheur de l'Institut national d'anthropologie a intenté une action en justice, dans l'espoir de voir sanctionner les organisateurs pour "dégradation" du site de Chichen-Itza utilisé en "simple toile de fond".

Nombre de pays sont confrontés au dilemme entre promotion et protection de leur héritage culturel. De la Grande Muraille de Chine au Taj Mahal indien en passant par les édifices de l'antiquité grecque et de l'Egypte ancienne, quantité d'ouvrages suscitent l'intérêt d'artistes en quête de décors grandioses, quand d'autres se préoccupent des dégâts causés au patrimoine par une telle utilisation.

Placido Domingo, ténor qui a commencé sa carrière au Mexique, a cherché à rassurer ses détracteurs, à deux jours de marcher dans les pas de l'Italien Luciano Pavarotti qui avait offert un concert à Chichen-Itza en 1997. "Je sais qu'il y a un certain malaise au Mexique parce que je vais me produire sur ce site, mais nous avons pris soin de chaque détail", a-t-il affirmé jeudi. Jugeant "douloureux de voir d'autres sites, comme Petra, en Jordanie, où des touristes montent sur les structures et les roches", il s'est prononcé pour la préservation de "l'héritage archéologique".

Son concert devrait attirer quelque 4.000 personnes, soit la barre maximum fixée par le gouvernement. Mais pour Cuauhtemoc Velasco, un dirigeant du syndicat des archéologues, cette représentation constitue clairement une violation de la loi exigeant la préservation des ruines d'un monument au bénéfice de l'accès de la population aux cultures anciennes. "Ces monuments ne sont pas là pour que des gens riches y organisent des événements", avance-t-il, observant que les billets coûtent entre 45 et 900 dollars dans un pays où le salaire minimum est d'environ 4,50 dollars par jour.

Aux yeux d'Amadeo Cool May, animateur d'une émission de radio en langue maya, le concert de Domingo n'est rien d'autre qu'un "événement pour des étrangers" en vacances au Mexique. Le prix des billets et le type de musique en font une manifestation "complètement étrangère aux Mayas", dit-il.

Ce à quoi Jorge Esma, organisateur du concert pour les autorités de l'Etat du Yucatan, rétorque que des gens n'ayant pas de ticket pourront assister gratuitement à la représentation à l'occasion de sa diffusion sur la télévision locale, et que les temples mayas seront bien protégés. Le gouvernement a interdit toute fixation de matériel dans les pierres, et des experts se tiennent prêts à évaluer l'impact de la manifestation sur les monuments vieux de 1.200 ans.

D'après Jorge Esma, plus d'une demi douzaine de concerts ont eu lieu depuis 1997 à Chichen-Itza, un site désigné comme l'une des "sept nouvelles merveilles du monde" lors d'une enquête internationale en 2007 et visité chaque jour par quelque 12.000 visiteurs.

Si les autorités fédérales mexicaines rejettent quasiment toutes les demandes pour la tenue de concerts dans des sites archéologiques, elles subissent des pressions croissantes de la part gouverneurs d'Etats désireux de promouvoir des lieux historiques déjà submergés par les touristes.

Certains pays ont appris à dire "non" pour préserver leur patrimoine culturel. En Inde, par exemple, la Cour suprême a interdit des événements de grande envergure dans l'enceinte du Taj Mahal, à la suite d'informations faisant état de dégâts liés à un concert du musicien grec Yanni en 1996. L'Egypte a elle imposé des limites pour la tenue de concerts aux célèbres pyramides de Gizeh dans les années qui ont suivi une représentation du Grateful Dead près du Sphinx en 1978.

L'Institut national d'anthropologie et d'histoire du Mexique repousse chaque année une douzaine de requêtes pour l'organisation de concerts. Des réalisateurs souhaitant "tourner des films sur des sites archéologiques, disent toujours: 'Nous rendrons votre site célèbre'", explique Benito Taibo, porte-parole. "Nous répondons: 'merci, mais il est déjà célèbre".

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