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L'Irak, juge de paix de la présidence Bush?

International | Jeudi 10 avr 2008 | 11:21

L'Irak, juge de paix de la présidence Bush?

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Par Ben Feller, THE ASSOCIATED PRESS

WASHINGTON - Que restera-t-il des deux mandats de George W. Bush? A neuf mois de son départ de la Maison Blanche, le président américain esquive les questions qui commencent déjà à affluer sur son héritage, mais reste persuadé qu'en matière de politique étrangère, c'est l'issue de conflit irakien qui décidera de sa trace dans l'Histoire.

Après cinq ans d'une guerre plus coûteuse en vie et en dollars que prévu, George W. Bush campe sur ses positions: l'Amérique a eu raison d'envahir l'Irak. S'il nourrit des doutes, il ne les exprime pas. S'il éprouve des regrets, il ne les montre pas. C'est ainsi qu'il devait annoncer ce jeudi une pause pour une durée indéterminée dans le processus de retrait des troupes, comme l'a recommandé devant le Congrès le général David Petraeus, chef des forces américaines en Irak.

Même si cette annonce à la nation ne devrait pas arranger sa popularité, George W. Bush reste droit dans ses bottes: ce n'est que dans plusieurs années qu'on pourra véritablement évaluer son action; une analyse pertinente de son héritage, et de la part de la guerre en Irak dans celui-ci, est impossible pour l'heure.

"Laissons l'histoire seule juge", répond-il aux interrogations de la presse. "Il n'existe aucune histoire précise d'une administration avant un certain laps de temps, à moins qu'on ne fasse que des choses qui n'engagent à rien." Et, pour lui, libérer un peuple de la "tyrannie" et tenter d'installer une démocratie dans un pays en proie au terrorisme, c'est tout le contraire.

Entêté pour certains, déterminé pour d'autres, le président américain, s'il n'a jamais changé de ligne, a ajusté sa tactique -par exemple en envoyant 30.000 soldats supplémentaires pour enrayer la violence en 2006-et a reconnu des erreurs. "Lorsque des erreurs ont été faites, il en va de ma responsabilité", assure-t-il.

Reste que, pour les opposants à la guerre, ces faux pas coûtent cher. Plus de 4.000 soldats ont été tués en Irak, des centaines de milliards de dollars y ont été dépensés, et le conflit, qui a considérablement écorné l'image et la réputation des Etats-Unis dans le monde, ne semble pas avoir de fin. Les Américains, eux, jugent les conséquences immédiates des décisions de leur président, et sa cote de popularité -à 90% d'opinions favorables après le 11 septembre 2001 et à 71% avant le début de la guerre en 2003-oscille désormais autour de 30%.

Pour le professeur de sciences politiques Cal Jillson, le problème n'est pas que George W. Bush campe sur ses positions, ce sont les résultats. "S'ils sont bons, alors la cohérence est un signe de détermination", analyse ce professeur à l'université Southern Methodist, où devrait être construite la bibliothèque qui portera le nom de George W. Bush. "Si les résultats sont mauvais, alors c'est de l'entêtement. Et, de manière générale, les résultats n'ont pas été bons, donc on ne lui accorde pas le bénéfice du doute."

D'autres déplorent que, sous les mandats de George Bush, le débat sur la politique étrangère des Etats-Unis se soit résumé à l'Irak. "Il y a la Chine à débattre. Il y a le Proche-Orient en général. Il y a la relation entre l'Europe et la Russie", souligne le représentant Rahm Emanuel, un des stratèges du Parti démocrate. "Toutes les questions importantes de politique étrangère ont été mises de côté, parfois sans être débattues. Cela a coûté tellement à l'Amérique en termes humains et de réputation."

La Maison Blanche préfère donc évoquer ce qu'elle considère comme des succès de la présidence Bush: une réforme en profondeur de l'Education, un programme de lutte contre les maladies en Afrique largement salué, ou encore les réductions d'impôts. Ses détracteurs y opposent la dégringolade de l'économie américaine, l'absence de réaction fédérale à l'ouragan Katrina en 2005, les échecs à réformer la Sécurité sociale et à endiguer l'immigration clandestine.

George W. Bush entend pourtant maintenir le cap irakien jusqu'au mois de janvier, persuadé, du moins publiquement, que "l'issue méritera le sacrifice".

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