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International | Dimanche 13 avr 2008 | 13:13Dans un bidonville de Port-au-Prince, le calvaire d'une famille face à la crise |
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Par Jonathan M. Katz, THE ASSOCIATED PRESS
PORT-AU-PRINCE - Même en temps normal, Joseph François ne sort que très rarement les plats de leur placard, qui occupe une grande place dans la pièce où il se loge avec son amie et ses deux enfants, dans un bidonville baptisé Cité idéale, en banlieue de Port-au-Prince.Au cours des émeutes meurtrières qui ont frappé Haïti cette semaine en raison de la hausse des prix des denrées alimentaires, il n'a même pas pu sortir de chez lui pour mendier de quoi nourrir sa famille, qui n'a pas mangé pendant trois jours. Jeudi, à la faveur d'un retour au calme, Joseph François a pu se procurer, pour 42 centimes d'euro, un petit bol de riz qu'ont partagé ses deux enfants de trois et quatre ans, Bechina et Charlie. Il ne restait rien pour lui ou pour sa compagne, Betty Joseph.
"La plupart du temps on se lève le matin sans avoir de quoi manger. On prie simplement que le soleil se couche pour qu'on puisse se rendormir", soupire le père de famille de 32 ans.
La petite pièce n'est illuminée que par une ampoule fluorescente qui pend à une fil électrique et un écran de télévision où défilent des films américains doublés. Pas de nourriture dans cette salle de classe abandonnée, et à l'extérieur, la casserole en métal posée sur le four à charbon est ostensiblement vide.
Cela fait longtemps que la malnutrition ronge les populations des bidonvilles de la capitale haïtienne. Mais depuis la mi-2007, les prix alimentaires ont augmenté de 40% en moyenne. Joseph François achète son riz à une marchande qui a, elle, plus que doublé ses prix, de 17 à 42 centimes d'euros le bol sur la même période.
Dans un pays qui importe la quasi-totalité de sa nourriture, et où la plupart des habitants subsistent avec moins de deux dollars (1,26 euro) par jour, ce bond inflationniste a provoqué des violences et des pillages, qui ont fait au moins cinq morts de lundi à jeudi cette semaine. La situation reste instable et un policier nigérian de la mission des Nations unies (MINUSTAH) a été abattu samedi sur un marché de Port-au-Prince.
Dans les campagnes haïtiennes, de grands pans de terres cultivables, et jadis fécondes, ont été abandonnés, les paysans ne parvenant plus à pallier les effets de l'érosion des sols, de la déforestation, des inondations et des tempêtes tropicales. Les agriculteurs qui restent sont souvent contraints de vendre leurs produits à un prix nettement supérieur à celui des importations américaines, qui ont joui de généreuses subventions publiques.
L'aide d'urgence commence à arriver à Haïti et le président René Préval a annoncé samedi une baisse du prix du riz de près de 16%. Mais la FAO, l'agence de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture, a averti la veille que les prix des denrées alimentaires dans les pays pauvres ne risquaient pas de baisser de si tôt, car la spéculation et les dysfonctionnement des marchés annulent les effets bénéfiques de la hausse de la production.
Les Haïtiens, dont le revenu moyen s'élève selon la Banque mondiale à 300 euros par an, pourraient vivre encore de bien sombres jours. Joseph François, lui, ne peut même pas compter sur ces maigres sommes. Embauché comme "inspecteur des transports" dans le bidonville voisin de Cité Soleil, il n'a pas de salaire, juste une carte d'identité professionnelle qui peut être utile pour extorquer des pots-de-vin... Sa compagne ne travaille pas.
Le couple fait donc la manche pour nourrir les deux enfants de Joseph. Dans le pire des cas, le père de famille fouille les poubelles. Parfois, ils ont recours à une spécialité locale tristement célèbre, la galette de boue, dans laquelle on retrouve un peu de sel et de beurre.
Joseph et Betty n'ont pas été impressionnés par le discours attendu du président, qui a estimé mercredi que la crise alimentaire était due à la dépendance du pays aux importations et le piteux état de l'infrastructure qui rend difficile le transport des marchandises, notamment par les eaux. Ingénieur agronome de formation, M. Préval a promis de reconstruire l'agriculture haïtienne.
"Avant que du riz ne pousse ici, on sera tous morts", a réagi Joseph François.
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