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International | Jeudi 15 mai 2008 | 13:46Accusé de sept meurtres, Michel Fourniret s'explique pour la 1re fois |
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Par Pierre-Antoine Souchard, THE ASSOCIATED PRESS
CHARLEVILLE-MEZIERES, France - Michel Fourniret, s'expliquant pour la première fois sur les faits qui lui sont reprochés depuis le 27 mars devant la cour d'assises des Ardennes, en France, s'est présenté jeudi comme un "braconnier" partant à la chasse sans savoir s'il reviendrait avec ou sans proie, souhaitant par ailleurs en "découdre" avec son épouse, et coaccusée, Monique Olivier. Après avoir refusé jusqu'à mercredi dernier de s'exprimer sur les sept meurtres et les tentatives d'enlèvement pour lesquels il est poursuivi, il a donné des précisions sur deux tentatives d'enlèvement et deux meurtres, ceux d'Isabelle Laville en décembre 1987 et de Fabienne Leroy en août 1988.
Michel Fourniret a détaillé sa rencontre avec Marie-Ascension, l'adolescente belge de 13 ans qui a permis son arrestation le 26 juin 2003. "Il y avait une intention de sabordage", a-t-il expliqué au sujet de ce kidnapping raté. Ce jour-là, a indiqué l'Ardennais, "il sortait d'une maison qui sentait la vinasse, qu'il était dans un fiasco familial et dans un fiasco à Sart-Custinne (son domicile belge)". "Je ne sais pas où j'en étais."
Puis sont venues les explications sur le meurtre d'Isabelle Laville, attendues depuis vingt ans par sa famille. Son enlèvement suivi de sa mort sera la première concrétisation du "pacte criminel" passé entre Michel Fourniret et Monique Olivier à la sortie de prison de celui-ci. Il lui promettait de récupérer ses enfants et de tuer ses précédents maris, elle acceptait d'entrer dans son fantasme de virginité.
Contrairement à ce qu'indique son épouse, Michel Fourniret a assuré ne pas avoir procédé à des repérages avant d'enlever Isabelle Laville, parlant de rencontre "fortuite" avec sa future victime. A Me Alain Behr, avocat de la famille Laville, qui s'étonne de ce hasard, l'accusé a répondu: "Elle a été l'instrument du destin placé sur la route de ma préméditation". Se voulant "honnête avec la réalité des faits" - "plaisir de faire souffrir les familles", selon Me Behr -, il s'est comparé à "un braconnier qui s'en va sans savoir s'il va ramener un faisan, un garenne ou rien du tout".
Isabelle Laville a été enlevée le 11 décembre 1987 à Auxerre à sa sortie du collège par les époux Fourniret qui avaient échafaudé un scénario pour la faire monter dans leur voiture avant de la droguer. A leur domicile de Saint-Cyr-les-Colons (Yonne), Fourniret tentera de la violer, la pénétrant digitalement afin de vérifier qu'elle était vierge, avant de l'étrangler.
Son corps sera jeté par le couple dans un puits abandonné. Ses restes seront retrouvés le 11 juillet 2006 sur de vagues indications de l'accusé. Michel Fourniret l'avait bâillonnée avec du ruban adhésif, posé un linge sur son visage et mis sa tête dans un sac plastique. Pourquoi? "Il s'agit d'une forme de respect, de crainte qui ne s'explique pas. C'était pour empêcher la personne d'adresser un reproche."
Tout au long de ses explications, l'accusé a traité Monique Olivier de menteuse, laissant entendre qu'elle minimisait son rôle dans les crimes qui lui sont reprochés tout en affirmant qu'elle n'était qu'un "homme de troupe" devant suivre la stratégie de l'état-major, c'est-à-dire lui.
Concernant Fabienne Leroy, Michel Fourniret a reconnu avoir pris l'initiative de l'aborder sous un faux prétexte, dit l'avoir violée, ce que dément l'autopsie, puis l'avoir abattue. Pourquoi avoir ressenti le besoin de la tuer, lui a alors demandé Me Gérard Chemla, avocat de la famille. "Je remplacerai le terme de besoin par celui de nécessité de préserver l'anonymat", a répondu Fourniret.
Dans l'après-midi, Paul Belveze, psychiatre ayant examiné Monique Olivier, a estimé qu'elle ne souffrait d'aucune anomalie mentale. Une femme qui a reconnu "toujours à contrecoeur" et minimisé sa participation aux faits reprochés, a-t-il dit. Une femme qui n'a jamais éprouvé de compassion pour les victimes et, selon lui, "partie prenante des desseins de son époux" bien qu'elle se présente comme une de ses victimes.
"J'ai un coeur", lui a-t-elle répondu. "Si cet expert vivait avec moi un certain temps, il s'apercevrait qu'il s'est trompé." Lors de sa détention en Belgique, la seule personne avec qui elle a noué des contacts est Michelle Martin, l'ex-épouse du pédophile Marc Dutroux.
Michel Fourniret sera entendu vendredi matin sur les autres crimes qui lui sont reprochés. L'après-midi, psychiatres et psychologues viendront témoigner.
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