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International
15 mai 2008

International | Jeudi 15 mai 2008 | 12:48

Le séisme en Chine marque une rupture dans la pratique des médias

Par Tini Tran, THE ASSOCIATED PRESS

PEKIN - Corps ensevelis sous les gravats, rescapés ensanglantés, familles en pleurs à la recherche désespérée d'informations: la presse et la télévision chinoise ont largement montré les conséquences du séisme de lundi dans le centre de la Chine, pratique nouvelle dans un pays ou le régime avait tendance jusqu'à présent à dissimuler ses crises et malheurs.

A l'avant-garde de cette rupture médiatique, la chaîne publique China Central Television (CCTV) est passée dès lundi à une programmation sur 24h, se concentrant quasi-exclusivement à la couverture des dégâts causés par le séisme de magnitude 7,9 dans la province du Sichuan. Des journalistes dépêchés sur les zones sinistrées font parvenir depuis des informations actualisées à une fréquence soutenue.


De son côté, le Quotidien de la Chine, organe officiel du Parti communiste, a consacré la totalité de sa première page aux images des sauveteurs vêtus de combinaisons oranges se démenant pour extraire des survivants des décombres, accompagnées d'articles imprimés sur un fond noir en signe de deuil. D'autres journaux ont également publié des cahiers spéciaux couvrant les recherches et les opérations humanitaires.


Permettre une couverture aussi large des événements a sans doute été un choix facilité par le fait qu'il s'agit d'une catastrophe naturelle, et non pas due à l'incompétence ou des erreurs humaines. Le régime n'a pas pour autant renoncé à son étroit contrôle des médias. Télévisions, radios et presse écrite ont unanimement salué l'ampleur des moyens mis en oeuvre, tout en se faisant largement l'echo des déplacements dans les zones sinistrées du Premier ministre Wen Jiabao.


Autrefois, cependant, "la tradition dans la couverture des mauvaises nouvelles consistait à masquer et à bloquer, mais c'est très différent aujourd'hui", estime Shao Peiren, professeur en sciences des médias à l'Université de Zhejiang.


"Cela montre que le gouvernement chinois est plus confiant que jamais. Il s'est rendu compte qu'en partageant les informations avec franchise, il peut gagner le soutien de l'opinion et la compréhension de son peuple", juge-t-il.


En 1976, le gouvernement chinois avait minimisé l'ampleur du très violent séisme de Tangshan (240.000 morts), non loin de Pékin, occultant le bilan et refusant l'aide internationale.


Plus récemment, en 2004, Pékin avait essuyé les critiques de la communauté internationale pour ses démentis concernant l'épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère). La répression musclée des émeutes au Tibet en mars cette année, passée sous silence ou dénaturée par les médias, a également valu des reproches au gouvernement chinois.


"Le gouvernement et les médias ont appris une leçon des incidents au Tibet", estime le professeur Shi Anbin de l'Université Tsinghua à Pékin. Cette fois, alors que toute l'attention se concentre sur la Chine en prévision des Jeux Olympiques, les autorités ont préféré prendre les devants, en laissant la presse faire son travail et en publiant régulièrement le bilan des victimes, selon lui.


Les journalistes de la presse régionale chinoise ont également pu aller à la rencontre de la population et relater les faits du point de vue des victimes. "Globalement, nous avons vu une couverture du séisme raisonnablement ouverte, pas seulement de Chine Nouvelle et de la CCTV, mais aussi des médias commerciaux", commente David Bandurski, chercheur à l'Université de Hong Kong. "Il semble qu'il y ait eu une tolérance pour le travail sur le terrain", conclut-il.