International
12 mai 2008
|
Donnée en tête, la coalition pro-européenne du président Boris Tadic doit trouver des partenaires pour être en mesure de former le prochain gouvernement, dans un pays qui apparaît divisé entre un avenir aux côtés de l'Union européenne ou avec son allié traditionnel, la Russie, qui conforterait son passé nationaliste.
Le président Tadic a parlé de "grand jour pour la Serbie" après les résultats quasi définitifs de la commission électorale et les projections communiquées par un groupe d'observateurs indépendants. Lundi matin, il a dit à ses partisans: "vous devez fêter ça, je dois aller négocier". "Ce seront des négociations difficiles", a reconnu M. Tadic.
La coalition "Pour une Serbie européenne", menée par le président pro-occidental Boris Tadic et son Parti démocrate (DS), devançait largement les ultranationalistes du Parti radical serbe (SRS) de Tomislav Nikolic, avec 39% des voix contre 28,6%.
Une avance qui ne décourage pas les ultranationalistes, qui cherchaient à rallier d'autres formations à leur cause. "Il y a une vraie chance qu'un gouvernement soit formé sans le parti de Tadic", a estimé Tomislav Nikolic.
Ce dernier devait rencontrer des représentants du Parti démocratique de Serbie (DSS, conservateur nationaliste) du Premier ministre sortant Vojislav Kostunica, crédité de 11,6% des voix, et du Parti socialiste serbe (SPS, de l'ancien homme fort Slobodan Milosevic), dont le soutien pourrait se révéler décisif grâce à ses 8,2% des suffrages.
Toute alliance réunissant une majorité de 126 sièges sur les 250 que compte le Parlement peut gouverner. Si la coalition de Tadic est assurée de 103 sièges, les ultranationalistes de Nikolic pourraient en obtenir 76. Alliés aux DSS et SPS, ils pourraient décrocher 127 sièges.
Tomislav Nikolic a accusé le président Tadic d'inciter à la violence en proclamant sa victoire: le chef d'Etat serbe a interprété la victoire de sa coalition comme un feu vert à l'adhésion européenne. Il a appelé ses opposants à "ne pas aller à l'encontre de la volonté du peuple" et s'est engagé à empêcher la formation d'un gouvernement nationaliste. Tadic compte également s'allier aux socialistes.
L'Union européenne a qualifié le succès de la coalition de Tadic de "victoire claire" des forces pro-européennes. Le ministre suédois des Affaires étrangères Carl Bildt a estimé que le camp pro-européen avait remporté "une victoire morale importante", tout en observant que "les tractations pourraient prendre du temps".
Cette victoire de la coalition pro-occidentale intervient trois mois après seulement après une vague de protestation en Serbie, contre la déclaration d'indépendance du Kosovo le 17 février. L'ambassade des Etats-Unis à Belgrade avait été incendiée pendant les manifestations.
Certains s'attendaient à ce que la colère contre l'Europe se concrétise dans les urnes, au profit des ultranationalistes. Aux yeux des analystes, les électeurs ont opté pour le choix d'une meilleure qualité de vie plutôt que d'alimenter l'orgueil national, meurtri par la perte du Kosovo.
Les observateurs internationaux ont estimé lundi que les élections avaient été "bien organisées en général". Pour l'OSCE (organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), le scrutin a été une "manifestation de démocratie mûre". Quelque 90 observateurs de l'OSCE et du Conseil de l'Europe ont supervisé les élections législatives de dimanche.