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09 mai 2008

International | Vendredi 09 mai 2008 | 13:52

Au moins 11 morts et 20 blessés au troisième jour de violences à Beyrouth

Par Bassem Mroue, THE ASSOCIATED PRESS--

BEYROUTH - Dans une violente démonstration de force du Hezbollah, les militants chiites se sont emparés de la quasi-totalité des quartiers musulmans de Beyrouth, après trois jours d'affrontements avec les partisans sunnites du gouvernement qui ont fait au moins 11 morts et une vingtaine de blessés.

Les heurts s'étaient apaisés vendredi soir alors que l'armée libanaise commençait à se déployer dans le calme dans certaines zones abandonnées par les militants pro-gouvernementaux.

Un allié du Hezbollah a fait savoir que le groupe entendait se retirer, au moins partiellement, des zones occupées dans la nuit et la matinée de vendredi, laissant entendre que le mouvement chiite pro-syrien ne comptait pas prendre le contrôle permanent de ces quartiers. Mais avec ces affrontements qui ont réveillé une nouvelle fois le spectre de la guerre civile au Liban, le Parti de Dieu semble vouloir prendre l'ascendant après plusieurs mois de crise politique libanaise et de bras de fer avec Fouad Siniora.

Le Hezbollah a manifesté sa puissance avec des actions d'éclat vendredi matin, ses hommes et ceux de son allié du Amal prenant le contrôle de la chaîne Future TV du principal responsable sunnite Saad Hariri, chef de la majorité parlementaire anti-syrienne. La chaîne a cessé d'émettre dans la matinée sur ordre du Hezbollah.

Dans l'après-midi, un bâtiment abritant les archives de Future TV dans le quartier de Raouché (ouest) a également été attaqué. Les bureaux du quotidien appartenant à Saad Hariri qui se trouvent dans la banlieue proche ont été incendiés par des hommes de l'opposition. Les militaires n'ont pas bougé alors que les combattants chiites incendiaient le siège du journal de M. Hariri, n'intervenant que pour évacuer les civils puis ouvrir ensuite l'accès aux pompiers.

L'armée libanaise s'est largement tenue à l'écart des affrontements. Plus tard dans la journée, les soldats libanais ont pris position dans certains quartiers sunnites abandonnés par les groupes pro-gouvernementaux. Dans certains cas, les militants du Hezbollah ont cédé des positions qu'ils venaient de conquérir aux troupes libanaises.

Les responsables sunnite Saad Hariri et druze Walid Joumblatt étant assiégés dans leurs résidences dans l'ouest de Beyrouth, des responsables de la majorité ont tenu une réunion d'urgence dans une localité de la montagne au coeur du pays chrétien au nord-est de Beyrouth, selon la chaîne chrétienne pro-gouvernementale LBC TV.

Le Premier ministre Fouad Siniora serait également retranché avec plusieurs de ses ministres dans son bureau du centre de la capitale libanaise sous la protection renforcée de l'armée et de la police. Une roquette a atterri sur la grille de la résidence fortement gardée de Saad Hariri dans le quartier de Koreitem.

Les militants du Hezbollah ont célébré leurs victoires dans les rues désertées de Beyrouth. Une centaine d'entre eux, en tenue camouflage et portant des fusils d'assaut, ont descendu notamment la rue Hamra, artère chic commerçante normalement animée dans un quartier à majorité sunnite de la capitale. Les combattants ont pris position aux carrefours et arrêtaient les rares véhicules s'aventurant dans les rues pour fouiller les coffres.

Dans d'autres quartiers, la prise de contrôle du Hezbollah s'est déroulée dans le calme.

Face à l'aggravation de la situation dans le pays du Cèdre, une réunion des chefs de la diplomatie de la Ligue arabe au Caire aura lieu dans deux jours pour discuter de la crise, a annoncé Hossam Zaki, porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères.

Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a indiqué de son côté que la France pourrait tenter avec l'Espagne et l'Italie une initiative tripartite pour ramener le calme au Liban. Le chef de la diplomatie française a dénoncé un "coup de force" du Hezbollah à Beyrouth-Ouest, ajoutant qu'une opération d'évacuation des ressortissants français au Liban était en préparation "au cas où".

Le Liban connaît une grave crise politique depuis le départ en novembre du président pro-syrien Emile Lahoud qui n'a pas été remplacé depuis, faute d'accord entre la majorité anti-syrienne et les partis fidèles à Damas.

Les derniers troubles ont éclaté après que le gouvernement de Fouad Siniora eut déclaré illégal le réseau de télécommunication militaire du Hezbollah, jugeant qu'il menaçait la sécurité de l'Etat. Il avait également annoncé le limogeage du chef de la sécurité du seul aéroport international du pays, celui de Beyrouth, en raison de ses liens avec le Hezbollah.