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30 avril 2008

Sports | Mercredi 30 avr 2008 | 19:03

Comme un jeune loup dans la bergerie

(Corus Sports)- Philippe Beaudry aimerait faire un malheur à Pékin. Ce jeune loup entre dans la chasse gardée des escrimeurs d'élite olympiques.

Un cercle fermé où un sabreur d'à peine 21 ans n'a pas l'habitude d'être admis. Philippe Beaudry s'y est pourtant introduit, par conviction, en remportant l'épreuve qualificative panaméricaine, samedi, à Queretaro, au Mexique. Ce Montréalais est donc élu l'athlète de la Semaine Sportcom de la semaine du 28 avril puisqu'il représentera le Canada aux Jeux olympiques en Chine.


« J'ai encore de la difficulté à le croire. Je suis encore très jeune à 21 ans pour aller aux Olympiques. En escrime, les gens y vont plutôt entre 25 et 30 ans. Si on m'avait demandé, il y a deux ou trois ans, si je comptais aller aux Jeux de Pékin, disons que ça n'aurait pas été mon objectif premier », raconte Philippe Beaudry qui, quelques jours après sa victoire, n'était pas encore redescendu de son nuage.

Philippe Beaudry a toutes les raisons au monde d'être au septième ciel. Il s'est qualifié pour les Jeux à sa toute dernière tentative. Sa seule option était de remporter le tournoi mexicain, ce qu'il a fait avec brio, mais avec une tonne de pression sur les épaules.

« J'ai joué le tout pour le tout. J'avais la rage de gagner. J'étais mentalement plus présent après avoir connu des difficultés en deuxième moitié de saison en compétition. J'ai cru doucement au rêve olympique et j'y suis parvenu », a commenté l'escrimeur du club Les Dynamiques de Brébeuf.

Le rêve olympique n'a pas la même signification pour tous. Le père de Philippe, Paul Beaudry, sabreur comme son fils, aurait dû prendre part aux Jeux olympiques de 1980 à Moscou. À l'instar de tous les athlètes canadiens, il a plutôt vécu la désillusion en raison d'un boycott.

« Il est très nostalgique. C'est très douloureux. Je pense que c'est encore en lui, soutient Philippe en parlant de son père, qui était le sabreur le mieux classé au Canada en 1980. Je peux comprendre sa frustration. On lui a dit : « non merci monsieur Beaudry, les Jeux sont boycottés. » En plus, à 18 ans, il avait raté sa qualification pour les Jeux de Montréal en 1976 par une seule touche. Il avait travaillé fort pendant quatre années de suite… », rajoute Philippe avec un brin de désolation dans la voix, qui ne sait pas encore si son père l'accompagnera à Pékin.

Philippe Beaudry a aussi deux frères, Vincent et François, qu'il remercie de lui avoir donné le goût de pratiquer l'escrime.

« J'ai commencé l'escrime en secondaire deux. J'ai tout de suite adoré ça. J'étais très motivé et j'avais la piqûre. Mon frère Vincent a veillé sur moi. On a fait l'équipe nationale junior et senior ensemble. Ç'a été très bien de l'avoir avec moi. »

Le nouvel Olympien de la famille Beaudry estime qu'il a maintenant un pressant besoin de repos. Il entend s'accorder une pause de quelques semaines avant de reprendre l'entraînement à la fin du mois de mai.

« Mon entraîneur pense que c'est une bonne idée. Je veux faire une remise à neuf et repartir gonflé à bloc. Je participe depuis plus de trois ans aux compétitions sur les circuits de niveau junior et senior en même temps. Je n'ai jamais eu de vraie pause. Il a peur que je me brûle mentalement », a expliqué le jeune escrimeur qui, à sa connaissance, n'a vu qu'un seul autre sabreur de son âge (un Britannique) issu de ses années chez les juniors à s'être qualifié pour Pékin.

En 2007, aux championnats du monde juniors et cadets d'escrime disputés en Turquie, Philippe Beaudry s'était illustré en remportant une médaille de bronze. Il avait alors enregistré le meilleur résultat canadien de l'histoire pour un sabreur d'âge junior.

Qu'est-ce qu'un bon résultat à Pékin maintenant?

« J'aimerais gagner un ou deux matchs. Ce serait un bon résultat, répond-t-il après une légère hésitation. On a une journée pour performer. On n'a pas de deuxième chance. C'est très difficile pour moi mentalement, mais c'est le cas aussi pour les autres. Si je suis capable de bien gérer mon stress, je pense que je pourrais être capable de faire un bon résultat. »