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17 avril 2008

International | Jeudi 17 avr 2008 | 14:27

La Chine ferme les portes du Tibet et arrête le flux des réfugiés

Par Denis Gray, THE ASSOCIATED PRESS--

PONT-DE-L'AMITIE - Trois gardes chinois se placent bien en vue exactement au milieu du Pont de l'amitié, au-dessus d'une gorge himalayenne, entre le Népal et la Chine, seul point de passage international pour entrer au Tibet. Leur message silencieux au petit groupe d'étrangers qui s'approche est clair: pas question de pénétrer dans le territoire, bouclé depuis les manifestations contre Pékin de la mi-mars.

Après le début des manifestations anti-gouvernementales le 14 mars dernier, Pékin a fermé le Tibet aux touristes, chinois et étrangers, et a lancé un mouvement de répression à l'encontre des Tibétains qui tentaient de s'enfuir. Et le dispositif de sécurité de la Chine ne s'arrête pas à la frontière.

Récemment, on a pu voir des policiers chinois chargés de la sécurité en train de se détendre dans des salons de thé et de flâner dans la seule rue de la ville frontalière de Liping. Ils ont suivi trois journalistes de l'Associated Press quand ils sont arrivés, et leur ont ordonné de ne pas prendre de photos -en territoire népalais.

Et à Katmandou, la capitale, des exilés tibétains rapportent que la Chine fait pression sur le gouvernement népalais pour réprimer les activités anti-chinoises des Tibétains vivant sur son territoire.

"Les Chinois nous demandent de manière non officielle de coopérer sur la sécurisation de la frontière. Ils sont beaucoup plus stricts maintenant", confie un responsable népalais chargé des questions d'immigration. "Même une dame autrichienne qui étudiait le chinois à Lhassa (la capitale du Tibet) n'a pas été autorisée à entrer".

Avant la crise actuelle, chaque jour, quelque 1.500 étrangers faisaient le trajet en voiture, pendant quatre heures, sur une route construite par les Chinois, de Katmandou à la frontière, puis jusqu'à Lhassa.

Aujourd'hui, on ignore quand la frontière rouvrira. Les autorités chinoises sont revenues sur une précédente décision de rouvrir le Tibet au tourisme le 1er mai, ont annoncé la semaine dernière à Pékin des tours opérateurs. L'"International Campaign for Tibet", un mouvement de militants basés aux Etats-Unis, dit avoir des informations selon lesquelles cette région pourrait rester bouclée jusqu'à la fin des Jeux olympiques de Pékin, en août prochain.

"C'est une haute saison, alors nous devrions avoir une maison pleine, mais nous avons très peu de clients", explique Pabitra Mager, gérant d'une maison d'hôtes à Lhassa. "Nous pouvons seulement espérer que la frontière rouvre bientôt".

A Pékin, les autorités ont aussi refusé de commenter les déploiements de troupes. Mais selon des responsables népalais, il y a eu une augmentation importante des patrouilles frontalières.

Le déploiement chinois signifie aussi qu'il n'est pas possible de sortir du Tibet. Aucun réfugié ne s'est inscrit au Centre de réception tibétain de Katmandou, dirigé par l'ONU, depuis le 18 mars. Un porte-parole du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés, Nini Gurung, note que normalement, 200 à 250 personnes prennent chaque mois l'avion pour le Népal.

Les réfugiés évitent la zone du pont de l'Amitié qui est bien gardée, bravant au lieu de ça certains des terrains du monde les plus difficiles à franchir, comme d'étroits passages de montagne à des hauteurs de 5.000 mètres souvent balayés par de soudaines tempêtes de neige, le long de la frontière de 1.414 kilomètres.

Dans le passé, certains ont été abattus par des gardes chinois ou condamnés à de longues peines de prison après leur capture. Quelques-uns ont été rapatriés de force par les Népalais, malgré un accord conclu avec le Haut commissaire de l'ONU pour les réfugiés. Ce pacte permet aux "évadés" de rester au Népal alors que l'agence s'occupe d'eux. Ensuite, ils sont envoyés en Inde, où vit la plus grande communauté tibétaine en exil et son leader spirituel, le Dalaï Lama.