National
07 avril 2008
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Dans son rapport final rendu public lundi, M. Johnston admet que bien des versions différentes des faits ont été entendues au cours des derniers mois dans le cadre des audiences du comité parlementaire de l'éthique, mais elles ne justifient pas, à son avis, "la tenue d'une enquête publique de grande envergure".
Ainsi, l'enquête devrait surtout tourner autour des milliers de dollars versés par M. Schreiber à M. Mulroney.
M. Mulroney affirme qu'il a accepté 225 000 $ en argent comptant lors de trois rencontres secrètes dans des chambres d'hôtel pour faire la promotion de véhicules militaires auprès de chefs d'Etat de pays étrangers, dont la France, la Chine et la Russie.
A l'opposé, M. Schreiber affirme qu'il a versé 300 000 $ à M. Mulroney pour qu'il tente de convaincre le gouvernement fédéral de donner un appui financier au projet Bear Head, qui prévoyait la construction d'une usine de véhicules blindés légers au Canada.
Les versions diffèrent et on ne sait toujours pas quand, comment et pourquoi les paiements ont été faits.
Bien que plusieurs questions demeurent en suspens, M. Johnston réitère son opinion exprimée dans son rapport intérimaire, à savoir qu'il serait superflu de refaire le travail accompli par le passé dans le cadre des enquêtes de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et de rouvrir des dossiers dont les faits sont bien connus depuis longtemps.
Il serait donc inutile, à son avis, de revenir sur les contrats accordés à Airbus et les liens avec une firme de lobbying, ainsi que sur l'indemnité versée à M. Mulroney par le gouvernement fédéral, en 1997, à la suite d'une poursuite en diffamation.
"Les faits nouveaux (...) ne justifient aucunement la tenue d'une vaste enquête sur l'ensemble des questions auxquelles les noms de MM. Schreiber et Mulroney ont été associés pendant toutes ces années, et dans de nombreux contextes", écrit M. Johnston.
Le conseiller spécial suggère même que l'enquête puisse se dérouler, en partie, loin des regards, lorsque viendra le temps d'aborder certaines questions. M. Johnston cite des exemples d'enquêtes récentes où, pour des raisons "d'efficacité", des travaux se sont déroulés à huis clos.
"Les Canadiens attendent depuis 20 ans des réponses à ces questions et voilà que ce sera fait derrière des portes closes. C'est totalement inacceptable", a dénoncé le député néo-démocrate Joe Comartin.
Le premier ministre Harper n'a pas commenté le rapport final, et il devra éventuellement nommer la personne qui présidera l'enquête.
Le leader parlementaire du gouvernement, Peter Van Loan, a cependant laissé entendre que le gouvernement allait suivre toutes les recommandations.
"Nous avons toujours indiqué clairement que nous voulions le meilleur conseil et que le gouvernement avait l'intention de respecter l'avis de M. Johnston, a déclaré M. Van Loan. L'objectif était d'obtenir un avis d'une tierce partie indépendante, loin des intérêts partisans, sur ce que le gouvernement devrait faire. Et nous avons l'intention de suivre ce conseil."
Dans ce cas, le gouvernement risque de s'attirer les foudres des partis d'opposition qui réclamaient tous une vaste enquête publique.
Lundi, les partis ont dénoncé l'étroitesse de l'enquête recommandée par M. Johnston.
"C'est inacceptable. Ca prend une enquête la plus large possible", a lâché le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, rappelant que le comité parlementaire a déposé un rapport en ce sens, rapport que le gouvernement devrait respecter.
M. Duceppe, tout comme le chef libéral Stéphane Dion, croit que la balle est désormais dans le camp du premier ministre Harper qui pourrait donner un mandat ouvert à la personne qu'il nommera pour présider cette enquête.
"Nous sommes déçus par l'étroitesse des termes de référence, mais au fond des choses, c'est au premier ministre à s'assurer que le commissaire pourra faire enquête en se laissant guider par les faits qui lui seront présentés, et aller là où les faits l'amèneront", a fait valoir M. Dion.
De son côté, l'ancien premier ministre Brian Mulroney a émis une déclaration où il affirme qu'il "coopérera avec les enquêteurs dans le cadre de leur mandat tel que décrit dans les recommandations de David Johnston".
Il invite aussi les futurs enquêteurs à référer à la GRC toutes les allégations que pourrait soulever Karlheinz Schreiber.
"Les enquêteurs se sont vu confier une tâche. Ils ne devraient pas être préoccupés par de nouvelles allégations et détractions sans fondement, avoir à enquêter sur d'autres idées fantasques de Karl Heinz Schreiber ou suivre les fausses pistes que celui-ci pourrait leur indiquer", a déclaré M. Mulroney.