National
29 février 2008
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Leurs craintes ont été décuplées lorsqu'ils ont entendu, vendredi, le leader parlementaire du gouvernement, Peter Van Loan, affirmer en Chambre que le gouvernement ne passera pas à la prochaine étape tant que le comité parlementaire de l'éthique n'aura pas déposé son rapport final.
Ce n'est que lorsque qu'il aura ce rapport final en main que David Johnston, le conseiller indépendant nommé par le premier ministre Stephen Harper, pourra être en mesure de "finir son travail et faire des recommandations pour l'enquête publique", a fait valoir M. Van Loan.
L'affirmation a fait bondir l'opposition, qui commence à croire que le premier ministre ne veut plus de la commission d'enquête qu'il a pourtant promise.
Le 11 janvier dernier, après la publication du rapport de M. Johnston, le premier ministre affirmait dans un communiqué de presse que "le gouvernement a convenu de constituer une commission d'enquête publique dès que le comité de l'éthique aura terminé ses audiences".
Le comité a mis un terme à ses audiences jeudi et a déposé, vendredi, un rapport intérimaire recommandant au gouvernement de mettre sur pied "immédiatement" une enquête publique sur l'affaire Mulroney-Schreiber.
Mais les conservateurs affirment maintenant qu'il serait inapproprié de passer à l'enquête publique sans laisser d'abord le comité déposer son rapport final.
L'argument pousse le président du comité, le libéral Paul Szabo, à croire que le gouvernement veut "reculer" et qu'il ne désire plus faire la lumière sur les milliers de dollars en argent comptant que Karlheinz Schreiber a versé à l'ancien premier ministre Brian Mulroney.
Selon le député néo-démocrate Pat Martin, membre du comité de l'éthique, le gouvernement utilise le comité comme un faux-fuyant.
"Les conservateurs cherchent un échappatoire pour éviter une enquête publique", a-t-il ajouté.
Pour le Bloc québécois, Stephen Harper n'a plus le choix. "S'il veut tenir sa parole, c'est maintenant. Sinon, on croira qu'il ne tiendra pas sa parole", a soutenu la bloquiste Carole Lavallée, aux Communes.
M. Mulroney affirme qu'il a accepté 225 000 $ en argent comptant lors de trois rencontres secrètes dans des chambres d'hôtel pour faire la promotion de véhicules militaires auprès de chefs d'Etat de pays étrangers, dont la France, la Chine ou la Russie.
A l'opposé, M. Schreiber affirme qu'il a versé 300 000 $ à M. Mulroney pour qu'il travaille à convaincre le gouvernement fédéral de donner un appui financier au projet Bear Head, qui prévoyait la construction d'une usine de véhicules blindés légers au Canada.
En 1997, le gouvernement canadien versait une indemnité de 2,1 millions $ à M. Mulroney pour régler à l'amiable une poursuite en diffamation lancée par l'ancien premier ministre.
Le gouvernement canadien ne savait pas que M. Mulroney entretenait des liens avec l'homme d'affaires germano-canadien Karlheinz Schreiber, encore moins qu'il avait accepté des paiements en argent comptant de celui-ci. Sous serment, M. Mulroney avait affirmé n'avoir aucun lien avec l'homme d'affaires.