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03 août 2008

International | Dimanche 03 aoû 2008 | 13:49

La question raciale, dernière illustration de la stratégie d'attaque de John McCain contre Barack Obama

Par Steven Hurst, THE ASSOCIATED PRESS

WASHINGTON - La question raciale s'est immiscée cette semaine dans les échanges entre les deux candidats à la présidentielle américaine, donnant une tournure plus agressive à la campagne. C'est en partie le résultat de la stratégie de John McCain, qui a intensifié ses attaques contre la personne même de Barack Obama. Une tactique qui semble porter ses fruits, puisque le républicain a rattrapé aujourd'hui le démocrate dans les intentions de vote, selon un dernier sondage.

A la traîne de neuf points sur Barack Obama le 26 juillet, au retour du candidat démocrate de sa tournée d'une semaine à l'étranger, John McCain a refait son retard, selon un sondage Gallup publié samedi donnant les deux hommes à égalité, à 44% d'intentions de vote. Ce sondage a été réalisé par téléphone du 30 juillet au 1er août sur un échantillon représentatif de 2.692 électeurs inscrits, la marge d'erreur est de plus ou moins deux points de pourcentage.

Si le sénateur de l'Illinois avait prédit que son voyage à l'étranger lui coûterait certainement des points à court terme, sa perte de terrain face à son rival coïncide également avec la stratégie plus offensive adoptée par le camp républicain.

Alors qu'Obama était accueilli en grandes pompes en Europe, John McCain a d'abord affirmé que son engagement à retirer les troupes américaines dans un délai de 16 mois en cas de victoire le 4 novembre montrait que le candidat démocrate préférait perdre une guerre pour remporter l'élection.

Il a ensuite diffusé un spot télévisé accusant son adversaire de ne pas avoir rendu visite à des soldats américains blessés sur leur base en Allemagne, lors de sa tournée à l'étranger, car les caméras n'y étaient pas autorisées. Un autre spot a suivi, entrecoupant des images de Barack Obama et de Britney Spears et Paris Hilton, pour suggérer que le candidat démocrate était lui aussi une célébrité sans réelle profondeur et sans expérience pour diriger le pays.

Dans le même esprit, dans un spot diffusé sur l'Internet, une voix "off" se moque d'Obama en l'appelant l'"Elu", sous-entendant qu'il se prend pour le messie dans sa quête de la présidence. Le spot s'achève avec ironie sur la scène du film "Les dix commandements" où Moïse/Charlton Heston fait s'ouvrir devant lui la mer Rouge.

Mais c'est sur la question raciale que les échanges ont été les plus vifs. L'équipe de campagne de McCain a accusé le camp d'en face de jouer la carte de la couleur d'Obama en affirmant que les républicains essayaient d'effrayer les électeurs en leur disant qu'"il ne ressemble pas à tous les autres présidents figurant sur les billets verts". Obama, dont le père est Kényan, s'est défendu samedi d'avoir recours à cette tactique.

"Je ne pense en aucune façon que la campagne de John McCain est raciste. Je pense qu'elle est cynique. Et je pense qu'elle cherche à distraire les gens des véritables dossiers", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. Les républicains sont "très forts pour les campagnes négatives. Ils ne sont pas si bons pour gouverner", a-t-il ajouté.

Devant les journalistes, Barack Obama, qui deviendrait s'il est élu le premier président noir de l'histoire des Etats-Unis, a toutefois défendu ses propres remarques et fait porter la responsabilité sur le camp républicain. "Aucun de vous n'a pensé que je faisais une remarque raciale incendiaire, ou que je jouais la carte raciale", a-t-il affirmé. "C'est seulement lorsque l'équipe de John McCain a commencé à en rajouter que cela a fait la couverture du 'New York Times' deux jours de suite".

La question raciale avait déjà fait une irruption remarquée dans la campagne des primaires démocrates au printemps lorsque le révérend Jeremiah Wright, ancien pasteur d'Obama, avait déclenché la polémique en accusant dans ses sermons le gouvernement américain de conspirer contre la population noire. Face au tollé provoqué par ces déclarations, Obama avait prononcé un discours sur les tensions raciales et pris ses distances avec le pasteur Wright.