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03 juillet 2008

Betancourt: un sauvetage digne d'un film d'aventures

International | Jeudi 03 jui 2008 | 10:17

Betancourt: un sauvetage digne d'un film d'aventures

Par Frank Bajak, ASSOCIATED PRESS

BOGOTA, Colombie - L'hélicoptère blanc, sans aucune inscription, se pose dans la jungle. Ingrid Betancourt et 14 autres otages, menottés, sont poussés à bord de l'appareil par leurs ravisseurs. Certains membres d'équipage portent des T-shirts à l'effigie du Che Guevara. Probablement d'autres rebelles, se dit-elle.

Pour Ingrid Betancourt, ce n'est qu'un nouveau jour d'indignité qui commence. Ses ravisseurs parlent d'un transfert vers un autre lieu de détention au fond de la jungle colombienne. L'hélicoptère ne porte "ni drapeau, ni insigne". En colère et contrariée, elle refuse le manteau qu'on lui tend pour la protéger du froid qui l'attend en altitude.


Puis tout s'enchaîne très vite. Peu après le décollage, Ingrid Betancourt se retourne et découvre le chef de ses ravisseurs, l'homme qui l'a tourmentée pendant des années, les yeux bandés, déshabillé, plaqué au sol.


Et viennent les mots absolument incroyables d'un membre d'équipage, qui la font sortir brutalement de son interminable cauchemar et croire au miracle: "Nous sommes l'armée nationale. Vous êtes libres."


C'est l'explosion de joie parmi les 15 otages. "L'hélicoptère a failli s'écraser tant nous avons sauté en l'air, nous avons crié, nous avons pleuré, nous nous sommes embrassés", a raconté Ingrid Betancourt à sa descente d'avion à l'aéroport militaire de Bogota. "Dieu, c'est un miracle!"


Les hommes qui portent des T-shirts du Che sont en fait des militaires se faisant passer pour des rebelles des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie). Ils viennent de maîtriser les deux ravisseurs montés à bord de l'hélicoptère avec les 15 otages, après les avoir convaincus de poser leurs armes.


Pas un coup de feu n'a été tiré tout au long de cette audacieuse opération de sauvetage digne d'un film de James Bond. En tout et pour tout, l'hélicoptère blanc est resté posé dans la jungle 22 minutes. En geste de bonne volonté, les 58 autres guérilleros des FARC qui encadraient les 15 otages ont pu pendre la fuite dans la jungle sans être inquiétés par l'armée, a révélé le général Freddy Padilla, commandant des forces armées colombiennes.


En effet, pas moins de 39 autres hélicoptères militaires étaient positionnés à proximité, prêts à encercler les rebelles et les otages si jamais l'opération organisée par les services de renseignement ne s'était pas passée comme prévu, a précisé le ministre colombien de la Défense Juan Manuel Santos.


Si l'opération elle-même a duré moins d'un demi-heure, elle a nécessité quatre mois de préparation et de surveillance, selon le colonel Luis Gomez de l'armée colombienne, a confié l'un des principaux organisateurs de ces libérations, dans une interview à paraître samedi dans l'hebdomadaire français "Le Figaro Magazine".


Selon le colonel Gomez qui a supervisé directement la mission de sauvetage, la clé de l'opération, c'est d'avoir "réussi à faire croire aux preneurs d'otages que d'autres guérilleros allaient venir récupérer les otages pour les transférer ailleurs, sur ordre d'Alfonso Cano", le nouveau leader des FARC qui a succédé au chef historique Manuel Marulanda décédé en mars.


"Cela faisait environ quatre mois que les otages avaient été localisés", explique Luis Gomez. "Environ 200 soldats étaient impliqués et certains ont pu s'approcher très près de la zone où se trouvaient les otages sans être repérés."


Le stratagème de manipulation des FARC a, d'après lui, parfaitement fonctionné puisque les otages "ont été regroupés en raison de la fausse information" diffusée "par leurs ondes radio, faisant croire que le bureau politique voulait leur transfert en lieu plus sûr, plus profond dans la jungle".


"Le président (colombien Alvaro) Uribe a donné son feu vert à 6h du matin" mercredi, explique le chef d'état-major de la "zone Oméga", qui couvre toutes les régions anciennement contrôlées par les FARC. "Au total, pilote et copilote compris, neuf personnes ont participé à l'opération de libération."


Selon les chiffres du gouvernement colombien, les FARC détiennent encore environ 700 otages.